Yǔ Shuǐ (雨水), la Pluie d’Eau selon la médecine traditionnelle chinoise
Yǔ Shuǐ (雨水), le deuxième des 24 termes solaires chinois, marque l’arrivée progressive des pluies printanières, généralement du 18 février au 5 mars environ (en 2026, il commence précisément le 18 février à 23h51).
En médecine traditionnelle chinoise (MTC), cette phase va bien au-delà d’une simple augmentation des précipitations : c’est le moment où le Yang naissant s’enrichit d’humidité nourricière, où la neige fond, les rivières dégelent et la terre commence à boire pour faire germer la vie.
Après l’éveil timide de Li Chun, Yǔ Shuǐ apporte l’eau qui irrigue et vivifie, transformant le potentiel en croissance réelle.
C’est la douceur humide qui accompagne l’ascension du printemps.
Le principe fondamental : l’harmonie entre le Yang ascendant et l’hydratation nourricière.
Selon la cosmologie chinoise, Yǔ Shuǐ signifie littéralement « eau de pluie ». Les neiges et glaces de l’hiver se liquéfient, les pluies deviennent plus fréquentes (mais encore légères), les températures montent doucement.
Le vent d’est porte désormais des gouttes bienfaisantes plutôt que du froid mordant. C’est le temps où le Qi du Ciel (pluie) descend pour rencontrer le Qi de la Terre (sol qui s’ouvre), favorisant l’échange harmonieux entre haut et bas.
L’énergie vitale monte (Yang), mais elle a besoin d’être humidifiée et nourrie pour ne pas s’assécher ou s’enflammer trop vite.
Un dicton ancien illustre bien cette phase : « Au moment de Yǔ Shuǐ, la pluie est aussi précieuse que l’huile ; qui sait l’accueillir verra les dix mille choses pousser avec vigueur. » (雨水贵如油,能迎者万物生 – variante inspirée des proverbes agricoles).
En Yang Sheng Fa, on parle de « favoriser l’ascension sans assécher, nourrir le Yin naissant pour soutenir le Yang ».
En médecine : le Foie toujours central, mais avec l’aide des Poumons et de la Rate.
Le printemps reste dominé par l’élément Bois et l’organe Foie (gān 肝), maître du libre écoulement du Qi et des tendons.
À Yǔ Shuǐ, le Foie continue de diriger la montée du Yang printanier, mais l’humidité croissante peut créer des risques de stagnation humide (tan shi) si le Qi ne circule pas bien, ou au contraire d’excès de vent-humidité (vent qui porte l’humidité). La MTC insiste sur :
• Maintenir le flux libre du Qi du Foie pour éviter irritabilité, maux de tête latéraux, tensions oculaires ou tendineuses.
• Soutenir les Poumons (fei 肺), qui régulent l’eau et aident à disperser l’humidité excessive (via la peau et la respiration).
• Tonifier doucement la Rate (pi 脾), qui transforme et transporte les liquides, pour éviter ballonnements, lourdeur ou œdèmes naissants.
• Préserver le Sang du Foie et le Yin des Reins (qui nourrit le Bois) pour que la croissance ne se fasse pas au prix d’un épuisement futur.
Conseils traditionnels pour Yǔ Shuǐ.
Les anciens adaptaient déjà leurs habitudes pour accueillir cette pluie bienfaisante sans se laisser envahir par l’humidité :
• Continuer à se lever tôt (avec le soleil) et se coucher raisonnablement tôt pour accompagner l’ascension du Yang sans le gaspiller.
• Pratiquer une respiration ample et régulière (respiration du Foie : inspirer en gonflant les côtés du thorax, expirer lentement en rentrant doucement le ventre).
• Marcher au grand air par temps doux, mais se protéger des pluies froides et des vents humides (écharpe légère, chapeau).
• Alimentation : tiède, légère, drainante et légèrement diurétique pour accompagner l’humidité sans la laisser stagner.
À privilégier :
ð Légumes verts et drainants : céleri branche, poireau, oignon nouveau, asperges, radis blanc/daïkon, haricots mungo.
ð Céréales et légumineuses douces : orge perlé (yi yi ren), riz complet modéré, millet, pois chiches.
ð Herbes aromatiques ascendantes et sèches-humides : persil, ciboulette, basilic, coriandre, gingembre frais (en petite quantité).
ð Tisanes alliées : orge perlé + chiendent, menthe + chrysanthème, graines de coing ou de lotus pour drainer doucement.
À limiter ou éviter :
ð Produits laitiers, sucreries, aliments très gras ou froids (qui génèrent de l’humidité interne).
ð Excès de cru (salades glacées), aliments trop salés ou fermentés forts.
ð Alcool et café en excès (ils assèchent le Yin tout en aggravant la stagnation du Foie).
Pratiques rituelles et symboliques.
Dans la tradition, Yǔ Shuǐ était l’occasion de :
• Observer le retour des oies sauvages vers le nord et le verdissement des saules – signes que l’eau nourrit sans noyer.
• Pratiquer des points d’acupuncture ou automassages :
– Tai Chong (F3) pour faire circuler le Qi du Foie.
– Yin Ling Quan (Rt9) pour drainer l’humidité.
– Fei Shu (V13) et Pi Shu (V20) en moxa légère pour tonifier Poumons et Rate.
• Prendre des bains de pieds tièdes avec du gingembre frais et du sel pour faire monter le Yang des pieds et disperser l’humidité froide résiduelle.
• Marcher pieds nus sur l’herbe humide (si possible) ou faire des étirements doux en extérieur pour « boire » l’énergie printanière.
En résumé.
Yǔ Shuǐ n’est pas seulement « la pluie d’eau » : c’est le moment où le printemps reçoit sa première grande bénédiction liquide, où le Yang s’élève mais doit être irrigué pour grandir harmonieusement. En MTC et Yang Sheng Fa, c’est l’occasion de libérer les stagnations hivernales, de drainer l’humidité sans assécher, et de préparer le corps à l’expansion pleine du Bois.
Comme le rappellent les classiques : « À Yǔ Shuǐ, l’eau descend du ciel pour faire monter la vie de la terre ; qui sait l’équilibrer verra son Qi circuler comme un fleuve joyeux. »
